Memoire Sylvicole compte Du Sablon 1846
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Il faut avoir habité les montagnes pour se faire une idée des ravages
que causent les inondations que de fois Ton a vu le travail de
plusieurs années emporté dans une heure les prairies couvertes des
terres qui un instant auparavant portaient les blés et tout espoir de
récolte détruit pour plusieurs années Cependant comme il fallait
chercher à vivre les années suivantes on voyait après ces désastres le
malheureux montagnard gratter de nouveau le flanc de la montagne
combler les ravins détacher les roches les moins adhérentes et plus
heureux que d autres auxquels il ne reste en pareil cas que la roche
nue celui de nos pays dont le sous sol se décompose facilement en terre
végétale par l'action de la pluie et du soleil parvenait à force de
peines à se faire un nouveau champ jusqu'au jour où une autre
inondation venait l'entraîner de nouveau On subissait cet état de
choses comme une nécessité On subissait cet état de choses comme
une nécessité comme un mal sans remède Que de fois n ai je pas entendu
dire à mon père avec une résignation toute musulmane Hélas c est le
fléau de nos pays nos montagnes sont bien malheureuses d être exposées
ainsi aux ravages des eaux Deux choses faisaient considérer le mal
comme irrémédiable la première on était convaincu qu'une immense
étendue de terrains vagues devait être attachée à chaque ferme pour la
vaine pâture afin que le bétail pût y vivre bien ou mal pendant neuf
mois de l'année de plus le repos de certaines terres pendant cinq dix
et jusqu'à vingt ans était jugé chose absolument nécessaire pour que le
cultivateur pût trouver à vivre Ensuite on regardait un reboisement
comme chose absolument impossible Cette idée venait surtout de la
pensée que pour avoir un bois de quelque nature que ce fût il fallait
des terrains bien meilleurs que ceux que l'on cultivait après des
révolutions périodiques Cependant on désirait un reboisement on s en
occupait déjà mais par les raisons que je viens de dire ou le regardait
comme impossible. Pendant les années qui
précédèrent la révolution de 1793 les idées d'améliorations agricoles
que nous voyons se réaliser aujourd'hui germaient déjà dans les esprits
déjà on s était occupé dans nos montagnes à remédier aux ravages des
eaux j en juge par des notes écrites des travaux commencés ou gémissait
du mal on y cherchait un remède mais malheureusement on le cherchait là
où il n était pas on faisait des objets d art mais on continuait à
défricher. Le gouvernement lui même effrayé de
quelques famines qui avaient désolé la France et pensant par là y
remédier encourageait encore les défrichements à une époque peu
éloignée de nous sans faire la différence des terrains qui devaient
être donnés à l'agriculture et de ceux qui dans l'intérêt même des
céréales devaient être maintenus en bois Je conserve avec soin un
procès verbal dresse en 1775 sur la demande de mon aïeul qui
sollicitait une prime et exemption d'impôts pour une pente assez vaste
qu'il venait de défricher et moi je viendrai peut être demain vous
demander une prime et exemption d'impôts pour le même terrain que
j'ai replanté cette année Cette plantation sera sans doute une de mes
meilleures car il est facile de voir que à l'époque où l'on défrichait
on choisissait de préférence pour cela les forêts qui paraissaient
établies sur le meilleur sol et qui étaient les mieux exposées d où il
résulte que généralement nous n avons conservé dans les montagnes à
l'état de forêts que les terrains qui ont été jugés ne pas valoir le
défrichement La morne réflexion s applique aux forêts qui ont été
endommagées par la vaine pâture Il est facile de remarquer que les
endroits dépeuplés sont souvent ceux dont le terrain est le plus frais
et le meilleur en effet ce sont les endroits qui produisent le plus d
herbes et où par conséquent le bétail se retire de préférence.
Par conséquent le bétail se retire de préférence L idée que nos pentes
n étaient pas assez fertiles pour recevoir des plantations était donc
tout à fait fausse la vigueur des miennes suffirait pour l ai tester au
besoin. Toute ma vie j ai vu travailler afin de
se garantir des eaux c était toujours là le grand ennemi à combattre On
creusait des chemins ou ouvrait des fossés mais l'extrc mité de ces
fossés et de ces chemins causait des ravages dix fois plus grands que
si les eaux eussent été abandonnées à leur écoulement naturel C est à
cette époque que la pensée du reboisement est entrée dans mou esprit je
l ai entrepris avec courage en 1833 et j en éprouve déjà des résultats
merveilleux Il y a peu de mois une inondation semblable à celles qui
nous désolaient autrefois est venue s abattre sur la vallée une partie
de ma commune et plusieurs environnement ont été ravagées tandis que
tout auprès mes plantations nouvelles en divisant les eaux opposaient
au torrent une paisible résistance et préservaient les lieux voisins de
toute espèce de mal Bien 150 hectares reboisés vont me permettre d en
rendre plusieurs centaines à une bonne agriculture déjà les terres s
améliorent les prairies ne montent pins tous les ans d un étage pendant
que vingt ou trente mille arbres verts plantés chaque année et don
l'accroissement est admirable me font envisager tous les jours avec
bonheur le grand avenir qui croit pour ma famille sur le flanc de ces
montagnes dont la stérilité affligeait la vue.
Désolé d avoir vu en 1832 la même pièce de terre entraînée cinq fois de
suite dans une seule année je me suis décidé à y semer du gland ce bois
qui a environ 4 hectares d étendue est dans un grand état de prospérité
C est au semis de Chêne que je me suis surtout adressé pour opérer le
reboisement que j avais entrepris et j ai tout lieu de m en applaudir
Le Chêne est l arbre des Gaules tous les terrains toutes les
expositions lui conviennent il vous demandera de l attendre mais aussi
il ne vo us demandera que cela semez le dans des terrains frais et
profonds il vous donnera les plus beaux comme les plus utiles produits
répandez la semence au milieu de rochers où vous apercevez à peine
quelques traces de terre végétale il tâchera de s en accommoder et vous
dédommagera encore de vos peines Je pense que tout homme qui est jeune
ou père de famille ne peut rien faire de plus utile que de semer du
Chêne surtout dans nos pentes qui semblent faites exprès pour lui aussi
depuis une douzaine d années n ai je jamais manqué d en semer toutes
les fois que j ai pu me procurer du gland de bonne qualité ce qui n est
pas toujours aussi facile qu'on le penserait et déjà j en ai couvert
une étendue de 40 hectares environ sur des pentes plus ou moins rapides
A ceux qui trouveraient trop lente la poussée du Chêne je conseillerai
l'Acacia cet arbre dont on a dit tant de bien et tant de mal j en ai
planté deux massifs assez considérables en 1841 ils poussent comme des
Acacias c est tout ce que je sais dire de plus fort je ne louerai
cependant cet arbre qui avec bien de la réserve Quoi qu on ait voulu
dire dans ces derniers temps l'exploitation à l'état de taillis n en
est presque pas praticable je dirai plus l'humanité me le ferait
repousser à cause des accidents qui se sont passés sous mes yeux si en
le laissant croître en futaie on obtient dans le court espace de vingt
ans un bel arbre tout dépouillé d épines et dont le bois offre des
qualités précieuses l'Acacia sera donc un bon auxiliaire pour arriver à
la réalisation du projet qui nous occupe J ai semé 3 ou 4 hectares en
faines de Hêtre le plant est encore si jeune que je n en parlerai pas
aujourd'hui c était en 1843 J ai planté une fort grande étendue de Pins
silvestres 36 hectares et un peu plus. Dans toutes ces variétés de Riga
d'Haguenau etc trois mille brins environ par hectare me donnent un
total de plus de cent mille en bon état de croissance car à peine
découvre t on ça et là ceux qui ont péri Cependant j ai peut être
écouté un mauvais conseil lorsque j ai planté une aussi grande quantité
de Pins silveslres peut être pouvais je faire mieux que cela Les
proportions que cet arbre atteint chez nous ne satisfont pas assez l
ain bition de l'avenir aussi mon projet est il de convertir plus tard
une partie de ces plantations en furets de Sapins blancs Abies
taxifolia qui comme tout le monde le sait ne prospèrent qu'à l'abri des
autres arbres Puisque je parle de cet arbre qui existe chez nous à
l'état de forêt je suis forcé de dire que je ne pense pas qu'il doive
être employé bien souvent pour le reboisement des pentes tous les
terrains ne lui conviennent pas également ceux surtout qui ont élu
sillonnés et détrempés par les eaux torrentielles paraissent lui
répugner d une manière invincible ce sont cependant ceux que nous
devons nous occuper à reboiser les premiers Abies picea appelé par
corruption Épicéa est an des arbres sur lesquels je fonde les plus
belles espérances Il arrive à de grandes dimensions sa racine est peu
pivotante et nos mélanges granitiques paraissent lui convenir
admirablement Je m étais tenu d abord à quelques essais mais depuis
1840 je me suis mis à le planter tout à fait en grand et je pense que
dans les mêmes circonstances on ne peut mieux faire que d imiter mon
exemple C est l'Epicéa qui donne la poix grasse notre Sapin blanc donne
la térébenthine c est de là qu'est venu au premier le nom à i Abies
picea dont les pépiniéristes ont fait Épicéa Ne serait ce point
l'occasion de dire quelque chose sur Cet usage de donner des noms
latins aux arbres et aux plantes qui tous sont entre les mains d hommes
qui n entendent pas un mot de cette langue L impression corrige tout
mais rien n est plus plaisant que d entendre nommer les arbres en latin
par un jardinier fleuriste On dit que c est pour s entendre d une
province à l autre mais ne trouverait on pas pour cela des noms
français invariables comme on en trouve pour tout le reste L usage des
termes latins s est perdu dans la médecine c est à dire parmi ceux
auxquels cette langue est familière mais il subsiste dans toute sa
force parmi les pépiniéristes dont Timmeuse majorité n en a jamais
appris un seul mot Pourquoi ne l'appellerait on pas le Sapin noir Mais
sous quelque nom que ce soit je pense qu'il réussira fort bien chez
nous Quelques personnes confondent encore l Épicéa et la Sa pincite
quoique l'un soit un arbre de première grandeur et l'autre de seconde
ou de troisième Je ne pense pas que la Sapinette doive entrer dans le
domaine de la grande cul turc elle est difficile sur le terrain et ne
promet pas de bien beaux résultats son bois jouit d une propriété toute
spéciale celle d être extrêmement sonore aussi était il très recherché
autrefois les luthiers faire des instruments de musique Aujourd'hui que
la fraude a pénétré partout les facteurs emploient indifféremment
plusieurs autres espèces de bois c est peut être à cela qu'il faut
attribuer la supériorité que l'on accorde généralement aux anciens
violons sur ceux d aujourd'hui Comme je le disais mon projet n est
point de cultiver cet arbre j en ai cependant fait planter nu millier
cette année afin que dans un demi siècle les Pleyels de l'époque
puissent venir en toute confiances approvisionner chez mon fils Le Pin
maritime est long à s'acclimater chez nous j en avais planté deux mille
en 1836 je les croyais perdus lorsque je les ai vus s élancer tout à
coup ils ont aujourd'hui 5 ou 6 mètres de hauteur et je les crois
acclimatés aussi en ai je fait planter vingt mille cette année Avec le
Pin maritime le Laricio est un de ceux que je cultive avec le plus d
espérance par malheur je me suis tenu trop longtemps avec lui à des
essais Tous deux nous promettent de fort grands arbres On ne s accorde
pas sur la qualité du bois du premier mais il faut peu s en préoccuper
Je vais dire ce que je pense des bois de qualité médiocre Si l'on
considère les avantages d une reprise presque infaillible une vigueur
de pousse que j ai vue s élever jusqu'à 1 mètre 50 centimètres dans une
seule année on dira avec la plupart des forestiers qu'il ne faut pas
hésiter à préférer le Mélèze à toutes les autres essences résineuses
cependant de vastes plantations que j ai visitées souvent et étudiées
avec soin où j ai vu des sujets âgés de plus de trente ans ne donner
que des résultats peu encourageants me font craindre que dans bien des
cas cet arbre ne s arrête au milieu ou au quart de sa croissance Je ne
donnerai pas à son sujet le résultat de ma beaucoup trop jeune
expérience je dirai seulement que ne lui accordant qu'une confiance
limitée j ai soin après l avoir mis à grandes distances de planter au
milieu d autres essences dont la réussite est plus assurée afin de n
avoir pas perdu un grand nombre d années s il était nécessaire de
l'enlever plus tard Ceux qui n ont VU le magnifique Pin du lord que
dans les jardins n imagineraient pas qu'il est pour moi l objet d une
spéculation toute particulière je la fonde sur sa croissance si rapide
sa santé à l épreuve de tout et l affection toute particulière qu'il
paraît avoir pour nos montagnes Tout le monde sait que cet arbre dans
les pays où il se plait dépasse 50 mètres de hauteur A ceux qui me
parleraient de la qualité de son bois réputée détestable je pourrais
demander si nous le connaissons bien dans son état de maturité
condition cependant d une grande importance mais j aime mieux leur dire
que nous sommes à la porte d une grande cité qui d après des
renseignements que j ai lieu de croire exacts emploie tous les ans pour
près de 200,000 francs de bois mince que l'on transforme en caisses
d'emballages Or tout le monde sait que pour cet usage la qualité du
bois est tout à fait indifférente puisque l'existence de ces caisses
est au plus de quelques mois et habituellement de beaucoup moins il y a
plus pour cet usage les plus mauvais bois ont toujours la préférence en
effet ils sont plus légers Or de cette quantité de bois nécessaire au
commerce le département du Rhône ne fournit pas à beaucoup près la
moitié le reste arrive de la Franche Comté J ajouterais si je pouvais m
étendre qu'aujourd'hui la plus grande partie des transports se faisant
par le roulage où l'espace et le poids sont comptés avec sévérité un
grand nombre d emballages se font en toile quoi qu'ils soient plus
longs et plus dispendieux mais viennent les chemins de fer où les
chargements sont plus faciles et la surcharge moins à redouter tous les
emballages se feront par caisse comme étant moins chers et infiniment
plus prompts Encore quelques années et le commerce de Lyon nous
demandera pour 400,000 francs de nos bois de mauvaise qualité ne
craignons donc point de les cultiver si la nature de nos terres ou
notre empressement de jouir nous y en page. Je pourrais vous parler en
finissant de mes plantations de Peupliers en haies et en bordures et
vous expliquer les variétés qui pour nous semblent préférables mais ce
sont des plantations et je ne m occupe surtout que du reboisement des
pentes deux questions bien distinctes et que l'on confond trop souvent
L utilité des plantations doit se juger par la valeur des bois les
besoins du pays ou les facilités du transport Le reboisement des pentes
ayant tout un autre but doit être apprécié d une tout autre manière Je
parlerai seulement pour mémoire de quelques plan stations de Mûriers
sur tiges et en massifs quoi qu'elles aient réussi Je souhaite que cet
arbre réalise les grandes espérances de fortune que l'on fonde sur lui
de toutes parts qu'il réussisse surtout à tant de gens qui le plantent
pour ainsi dire contre vents et marée mais ce n est pas à ses branches
que j ai attaché mon ancre D ailleurs l'industrie séricicole exigerait
un homme tout entier et c est à une tout autre spécialité que je me
suis consacré.
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